Aujourd’hui, on est écarlate.

Non. Je n’ai pas la télévision. Je m’en suis aperçu quelques mois après mon déménagement, signe que celle-ci ne m’est pas utile. Mais j’écoute la radio. Beaucoup. C’est donc suite à une émission sur la Première que j’ai entendu parler de La Servante Ecarlate. Et du roman par l’Amie qui m’est chère.

Je me suis plongée en apnée du lecteur. Pas moyen d’en sortir. Et le malaise qui va avec. Parce qu’en réalité ce qui n’est pas vrai est vrai, vous me suivez ? Chacune des situations, chacun des personnages, chaque idée ou argument m’a saisie, en plein dans le mille, droit sur le fil de l’Histoire et de l’Actualité, universelle et personnelle.

J’en ai lu tous les mots avec effroi. Et quand je suis remontée à la surface, j’ai pris un grande inspiration à l’air libre. Libre. Mais jusque quand ?

Aujourd’hui, on est aux enfants…

Après Aux animaux la guerre, on plonge dans l’été des années 92, 94, 96 et 98. Ceux dont on souvient bien. Ceux de notre jeunesse. Ceux d’Anthony, de Stef, de Hacine, de Vanessa. Ils sont jeunes et vivent à Heillange ; n’ont qu’un rêve, quitter la ville.

Partir. Se donner l’illusion que l’on peut échapper au retour des mêmes gestes, des mêmes parcours, des mêmes vies que ses parents avant soi. S’en aller. Ne pas se contenter des rustines que l’on colle sur une existence qui manque d’air. Fuir.

Ce roman est l’histoire de la fuite éperdue de quelques adolescents lorrains. On les suit, on les retrouve. Ils se cherchent, se croisent. Chacun place ses pions, pose ses choix, tente de déjouer les forces implacables des traditions qui maintiennent ce qui est en place.

Vivre une autre vie, prendre un autre chemin que celui qui conduit au boulot, au bistrot, au cimetière. Plonger. Nager. Ne pas couler. Et ne jamais, jamais, laisser se refermer sur soi les eaux noires de l’inexistence.