Aujourd’hui, on lit l’ordre du jour.

Quand la haine de l’autre et la mégalomanie se rencontrent. Quand leur fusion s’incarne en la personne d’un dirigeant d’état. Quand elle s’écoule sur ses subalternes, bras droits tendus. Quand elle écrase des millions de personnes, quelles réponses apporter ?

Dans son récit hautement factuel, Éric Vuillard relate les événements qui ont permis la gestation puis la naissance et enfin le développement des sombres années du siècle passé, ouvrant son exposé minutieux par l’ordre du jour qui réunit les 24 plus gros industriels, financiers de la future Allemagne nazie.

24, comme un écho au nombre de ceux qui seront jugés à Nuremberg pour les pires accusations qui soient. Comme un écho aux pensées actuelles, droites, aux situations politiques, tendues, auxquelles nous accordons une trop faible indignation.

Car la question sous-jacente aux propos du livre est bien celle-ci : qu’est-ce qui a permis l’émergence d’une telle force de mort ? Comment a-t-on pu ne rien voir, ou préféré ne rien voir ?

À travers un discours sobre où l’émotion transparaît peu, balisé par des chapitres aux titres ironiquement naïfs, Éric Vuillard démonte subtilement les marches qui ont conduit à l’impensable.

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Aujourd’hui, on attend B.

Cet ouvrage, on a attendu une acalmie pour se le lire à soi seule, quelques jours de belle tranquillité où la lecture prend toute sa place. Et on a dégusté.

Avec Nina Simone, forcément, pour l’ambiance et du vin blanc pour l’aspect. On a pris le temps de savourer chaque mot, chaque idée, chaque impression . On a plongé dans la folie ; on est difficilement remontée à la surface.

En attendant Bojangles est une histoire sans époque et sans morale qui questionne sans sérieux les conventions sociales. On en aime le ton doux-amer, les couleurs éclatantes et nostalgiques. On adore son rythme enivrant, justement contenu qui nous entraîne de folie douce en folie furieuse. On regrette néanmoins que cette dernière soit aussi durement nommée pour une héroïne qui n’a plus de prénom ou tant et dont le tort est de n’avoir de raison que pour l’essentiel.

On retient finalement que, heureusement, « les gens comme ça ne meurent jamais totalement ». Et c’est très bien ainsi.

Aujourd’hui, on est prodigieuse ! 

Il y a des pauses qui marquent ! C’est le cas de ma dernière envolée d’un mois et demi de lecture.

Lors de notre dernier échange téléphonique, l’Ami qui décidément habite trop loin m’a proposé la tétralogie de l’intrigante Elena Ferrante. Je pense que tu aimeras, m’a-t-il dit. Et j’ai aimé. Et j’ai lu. 

D’abord l’Amie Prodigieuse qui nous envoie dans le Naples des années cinquante où deux gamines d’un quartier pauvre de la ville tissent les liens d’une amitié déterminante. Le fond de l’histoire invite évidemment au voyage dans l’Italie du Sud, où les hommes et les femmes survivent brutalement. Mais ce sont surtout les portraits enchaînés, la trame des anecdotes, l’entrelas des relations qui nous aspirent au sein des lieux et de l’action, plus que tout autre description.

La Storia del nuovo cognome, ensuite. La langue porte haut les discussions entre les protagonistes. Ça débat, ça échange . Des idées, des coups aussi, parfois. Mais l’amitié reste malgré tout. Et la lecture, en italien cette fois, prend un rythme plus lent, plus savoureux.

Elle s’ouvre à l’ouverture du troisième volume sur le tournant du mai 68 parisien et ses répercussions culturelles dans les grandes villes du nord de l’Italie.

Si l’on s’éloigne du cocon étouffant du quartier d’origine des deux protagonistes, on sait, on sent que l’on y retournera. Car les secousses de l’une sont intimement liées aux bouleversements de l’autre. Et l’amitié aux liens élastiques se modifie, rejette le passé, intègre le présent.

Reste à découvrir le quatrième et dernier opus, la Storia della bambina perduta, sans doute aux portes de l’été…

Aujourd’hui, on est musicale…

Ah oui ! On aime ce genre de films qui résonne d’autres musiques que les coups de flingues ! Qui éclaire et colore pour quelques heures le morose anthracite. Qui répond avec élégance à ses objectifs hollywoodiens pur jus, pur jazz. Qui parle d’amour, mais pour de vrai parce que l’amour c’est aussi un petit drame joyeux. Qui parle d’un possible et puis d’un autre. Qui chante. Qui danse. Qui claquette. Qui réplique. Qui rit et qui pleure un peu aussi. Où rien n’est triste, c’est juste comme ça. Et puis qui repart.À 1, et 2, et 1, 2, 3…

Aujourd’hui, on décape ! 

À nous tous, je nous souhaite l’envie chaque matin de nous lever pour en découdre avec le jour, avec bienveillance, amour et repect.

Je nous souhaite des matins combattifs, des soirées romantiques. Et pour reprendre mots de Tonino Benacquista, je nous souhaite de vivre nos journées sans crainte de nous exposer, de préférer au besoin la confrontation à l’évitement et la tentation à l’excès de prudence. 

Belle année ! 

Aujourd’hui, on est romanesque…

Tombée par hasard sur ce dernier roman de Tonino Benacquista… 

On pensait renouer avec l’atmosphère sauce tomate des Malavita : on avait donc classé l’auteur au rayon des légèretés à siroter à l’ombre d’un feu de bois. Décontraction.
Surprise. Deux amants fuient. Ils s’arrêtent néanmoins pour assister, contraints, à une pièce de théâtre, les Mariés malgré eux.

Mise en abime. La pièce raconte l’histoire de deux amants maudits, séparés par la force du Destin. Une histoire dans l’histoire, une imbrication à laquelle on avait déjà goûté, en apéritif, dans un précédent roman (Malavita). Un procédé ici pleinement exploité qui bâtit l’intrigue de ce récit gorgé de rebondissements.

On se délecte. C’est bien écrit. Bien pensé et ça pousse même juste ce qu’il faut à la réflexion. 
Tonino Benacquista, Romanesque, Gallimard, 2016

Aujourd’hui, on chante…

Aucune fausse note dans cette Chanson douce de Leila Slimani. Dès le premier couplet, on sait. Que le Loup est venu. Et qu’il a mangé les enfants.
Pas de chasseur au dernier et juste moment. Aucune moralité non plus. La réalité crue dans ce qu’elle a de plus dur. Et une lecture sans répit où chaque geste, chaque parole est perçue à travers le prisme de ce que l’on aurait voulu déceler. Si cela avait possible. En vain.

Les pulsions humaines désanimalisent les plus grands des prédateurs jusqu’à l’incompréhensible. Car quand la faim justifie la poursuite des plus faibles ; la jalousie et la possessivité, sombres perversités, poussent au meurtre des plus innocents.