Aujourd’hui, on est aux enfants…

Après Aux animaux la guerre, on plonge dans l’été des années 92, 94, 96 et 98. Ceux dont on souvient bien. Ceux de notre jeunesse. Ceux d’Anthony, de Stef, de Hacine, de Vanessa. Ils sont jeunes et vivent à Heillange ; n’ont qu’un rêve, quitter la ville.

Partir. Se donner l’illusion que l’on peut échapper au retour des mêmes gestes, des mêmes parcours, des mêmes vies que ses parents avant soi. S’en aller. Ne pas se contenter des rustines que l’on colle sur une existence qui manque d’air. Fuir.

Ce roman est l’histoire de la fuite éperdue de quelques adolescents lorrains. On les suit, on les retrouve. Ils se cherchent, se croisent. Chacun place ses pions, pose ses choix, tente de déjouer les forces implacables des traditions qui maintiennent ce qui est en place.

Vivre une autre vie, prendre un autre chemin que celui qui conduit au boulot, au bistrot, au cimetière. Plonger. Nager. Ne pas couler. Et ne jamais, jamais, laisser se refermer sur soi les eaux noires de l’inexistence.

Aujourd’hui, on est Absolute.

Première lecture de l’année : My Absolute Darling de Gabriel Tallent.

Une immersion totale. On s’est laissée submerger, on était en apnée complète parfois ; on est ressortie de cette lecture totalement essoufflée.

Or elle est simple, cette histoire. On suit Julia/Turtle dans ses 14 ans. On vit avec elle son quotidien. On entre dans son monde à travers ses yeux ; c’est important d’observer, beaucoup plus que de nommer. Les termes sont là pourtant, précis, et les faits, cruels.

Car Turtle vit avec Martin, son père. Qui l’aime. Absolument.

On se questionne donc avec Julia sur ce que l’on est en droit d’accepter. Sur ce que l’on voudrait pouvoir refuser. Puis vient le moment du choix. Encore plus que la manière car Turtle est débrouillarde. C’est une héroïne, une combattante, une survivante. Mais la technique et la force ne peuvent rien sans le courage et la volonté. Le courage de regarder en soi et d’aimer ce que l’on observe. La volonté de ne plus se laisser abîmer.

On attend le bon moment. Qui passe.

Et quand on touche avec elle le fond, on se laisse aller, puis on s’accroche ; enfin on remonte à la surface et on reprend vie, lentement.

Merci à Classic 21 pour ce cadeau de Noël et pour ces excellents conseils de lecture tout au long de l’année.